Critique

Philosophe et pisteur d’animaux sauvages, la carte d’identité de Baptiste Morizot est plutôt originale !
Il a su lier ses deux passions : philosopher c’est à dire raisonner, argumenter pour répondre aux problèmes posés par l’existence, et pister, » voir l’invisible » en suivant les traces des vivants non humains  » Pister, ici, c’est décrypter et interpréter traces et empreintes, pour reconstituer des perspectives animales : enquêter sur ce monde d’indices qui révèlent les habitudes de la faune, sa manière d’habiter parmi nous, entrelacée aux autres. » (p 21)
Une des questions les plus importantes auxquelles l’auteur tente ici de répondre est :comment faire monde commun avec eux ?
Quelle jolie et intéressante formule !
Et ce qu’il nous livre de ses réflexions est fascinant ; le langage utilisé déjà interroge souvent le lecteur, comme « s’enforester » par exemple, B. Morizot est toujours très précis dans le choix des mots qu’il emploie. La description des heures d’affût ou de promenades qui permettent de se mêler à la nature, le fait de scruter tout près ou bien très loin qui nous fait devenir « animal » sont exposés d’une manière qui nous amène, nous les lecteurs, à réfléchir différemment de d’habitude…

Tout au long du récit, nous pénétrons dans les souvenirs et les expériences du narrateur : les rencontres avec le loup, Canis lupus, sur le plateau de Canjuers (Var), les ours dans les forêts du parc de Yellowstone, et la panthère des neiges au Kirghizistan.
Pister ne permet pas toujours de voir l’animal suivi, est-ce si ennuyeux ?  » C’est le jour du départ. La panthère de chair est restée invisible sur les crêtes. Mais nous l’avons sous la peau désormais,… Et puis à force de la chercher depuis l’intérieur de son point de vue sur le monde, nous avons fini par la connaître… » (p 111)
Entremêlant récit de pistage et réflexion philosophique, l’auteur met l’accent sur la peur qui peut surgir à tout moment – quelle leçon en tirer ? -, n’oublie pas de citer le sens de signes amérindiens, décortique le lien entre mobilité et intelligence et bien d’autres notions absolument passionnantes comme celle de savoir comment et pourquoi l’homme s’est extrait du monde vivant et s’est placé en position dominante… Alors évidemment mythes fondateurs et religions sont évoqués, nous ne sommes pas, nous les humains, de la « biomasse »…